Heureux et chanceux les voyageurs qui s’éloignent de la route de Paris à Genève pour franchir le canal de Bourgogne, puis une rivière de toute grâce, l’Armançon, et un ru léger et poissonneux, et découvrir, enfin, à presque flanc de coteau, un délicat et confidentiel village de l’Yonne et du Tonnerrois, niché entre eaux et forêt, entre champs paisibles et vignes renaissantes.

Le château dit « des Stuart », édifié pour et par Jean Stuart, capitaine de la Garde écossaise en 1540, surveille la vallée et salue et accueille encore les visiteurs. Aujourd’hui, ce sont des Anglais, AMIS, qui veillent à sa renaissance comme le fit François Ier visitant sa garde et notre village. Les Anglais donc, torréfacteurs à Londre, trinquent ici à l’ombre plus qu’à l’occasion avec les habitants du village et préfère le vin d’ici au café de là-bas .
Les sous-sols du village sont, dit-on, remplis de souterrains et de galeries mystérieuses et l’on murmure que des trésors de jadis sont encore enfouis sous la terre. Les anciens le savaient mais… chut… c’est un secret…
Ici, il souffle encore un vent d’Écosse vieux de presque six siècles, propice à l’imagination et aux contes anciens et qui l’hiver s’accrochent tel une brume de théâtre aux réverbères.
À l’ombre de l’église Saint Nicolas, les habitants se retrouvent aux beaux jours pour jouer à la pétanque et converser. Ou parfois trinquer et très souvent rire. Ou l’inverse. Le parvis est une minuscule place de village où il fait bon commenter la météo et refaire le monde.
L’église accueillante sert parfois de salle de spectacle et les conteurs savent comme autrefois que les bons contes font les bons amis.
Le lavoir n’attire plus les lavandières mais étonne les promeneurs qui font la conversation aux poissons nombreux et de belle taille. Les pigeons y ont aussi trouvé refuge. Ce n’est plus un lavoir, c’est une réserve naturelle.
Il existe une autre réserve naturelle, une vraie cette fois, à la sortie du village, près des jardins potagers. C’est une frayère et une « noue », à savoir une zone humide et de quiétude qui héberge les cygnes, les canards et les foulques, les hérons et les rongeurs et les promeneurs en lenteur, amateurs de paix et de silence. Des créations artistiques de Pierre Maraval et de Xavier Bernard y célèbrent l’avenir et les quatre éléments.
La « noue » est un lieu de méditation et d’apaisement qui ravit les villageois et les habitants des communes voisines.
À quelques pas d’enfant, c’est le domaine de l’âne Roméo, propriété et surtout fierté de la commune qui a adopté l’animal placide et s’en occupe comme on le ferait d’un membre de la famille. Roméo est connu de chacun et ses admirateurs sont nombreux. Les fins de semaine, il y a foule auprès des foulques et tendresse auprès de l’âne.
L’été, c’est auprès de la rivière que les habitants se retrouvent pour des baignades sauvages et d’autrefois. Ça chahute et ça s’éclabousse, ça sent le pique-nique et l’enfance. Sommes-nous en en 1900 en en 36 ; sommes-nous en 1976 ou demain ?
Nous sommes enfants de tous les temps dans la rivière, plouf, tout simplement.
Sur les coteaux qui dominent le village, la vigne qui fit autrefois la fierté et la réputation du Tonnerrois a repris sa place et son rang. Des vignerons inspirés ont replanté les cépages de premier plan, le chardonnay et le pinot noir, qui font la fierté et la grandeur des vins de Bourgogne. Ah, les vins d’ici qui « ne sont ni lourds, ni grossiers, ni pâteux, ni plats. », comme l’écrit l’ogre Alexandre Dumas dans son Grand Dictionnaire de cuisine.
Les vins d’ici ont encore de belles et nouvelles pages à écrire. Foi de saint Vincent et de saint Dominique !
N’est-ce pas chers Confrères des Foudres du Tonnerrois ?
Au village, la fête bat souvent son plein. Pour un rien. En hiver et en été, en fin d’après midi et les nuits de neige. Des fêtes ensemble et improvisées. Et ouverte à chacun, aux villageois et aux visiteurs que l’on accueille comme les nôtres. On dresse des tables comme un tour de passe-passe. On sort une bouteille de crémant, que dis-je : force bouteilles de crémant, un jambon de sanglier, un appareil à musique et c’est parti.
Jusque tard dans la nuit, sous les étoiles ivres et coquettes.
Ici, les populations se parlent et s’entraident. Ici, chacun prend soin de l’autre. Ça donne, ça échange, ça troque. Les artistes côtoient les anciens et les anciens racontent l’ancien temps aux nouveaux.
C’est un village qui chante et change sans jamais changer.
C’est un village qui change sans jamais oublier de chanter.
Le village, c’est moins de 170 âmes, mais de belles âmes.
Comme le Gulf Stream réchauffe les côtes ouest, il existe ici un microclimat de bonté et de joie. Ce sont les visiteurs qui l’affirment, sans se l’expliquer.
C’est un miracle modeste mais un miracle quand-même. Et un miracle si modeste soit-il demeure un miracle. Et c’est ainsi ! Amen !
Ce n’est pas un village, c’est LE village. Notre village.
Le peintre Jean-Louis Bouchez l’a bien compris lorsqu’il a immortalisé ledit village, en 1947, dans une toile en majesté qui immortalise les prairies et les vallons, les peupliers et les tours du château et intitulée
« Fin d’hiver sur mes coteaux à Vézinnes ».
(ici, il manque un air de cornemuse….)
Vézinnes est donc ce village.
Discret et délicat, gracieux et unique, traversé, par les rivières souterraines et les rus. Vézinnes-Venise en somme.
Vézinnes… qui souffle et siffle doucement comme le nom d’un vent.
Vézinnes de l’aube et du chant du coq et Vézinnes de la nuit ou résonnent les pianos amis.
Est-ce un village, ou une communauté d’esprit.
Panier de vendanges et pianissimo.
Est-ce une peinture ou une villégiature ?
Est-ce un enchantement ou un songe ?
Vézinnes est un peu tout cela. Un village où il fait doux vivre.
Et regarder l’avenir. Comme l’avenir nous regarde.